Qu’est-ce que le passage en dressage ?

Découvrez ce qu’est le passage en dressage : fonctionnement, origine, rôle du rassembler et pourquoi cette allure est si technique et spectaculaire.

Par l’équipe éditoriale Chevaux du Monde · Publié le

Dressage, passage Trakhener - CC BY-SA 3.0 - BS Thurner Hof
Dressage, passage Trakhener - CC BY-SA 3.0 - BS Thurner Hof Source

Le passage est l'un des mouvements les plus caractéristiques du dressage de haut niveau. Avec ses foulées élevées, sa cadence très marquée et son déplacement vers l'avant relativement lent, il donne parfois l'impression que le cheval rebondit ou « danse ».

Cette apparence particulière ne correspond pourtant pas simplement à un trot ralenti dans lequel le cheval lèverait davantage les jambes.

La Fédération Équestre Internationale définit le passage comme un trot mesuré, très rassemblé, élevé, régulier et cadencé, caractérisé notamment par une flexion plus accentuée des membres et par l'élasticité du mouvement. Son objectif est de démontrer un très haut degré de rassembler, de cadence et de suspension au trot. (FEI – Dressage Judging Manual)

Les études biomécaniques montrent également que le passage possède une organisation locomotrice particulière. Par rapport au trot, la vitesse, la fréquence des foulées, les mouvements verticaux et la manière dont les forces sont appliquées au sol sont modifiés.

Le passage est donc moins un « trot spectaculaire » qu'une forme extrêmement spécialisée du trot rassemblé.

Julia Chevanne et Puschkin 11 exécutant un passage lors du Grand National Dressage 2016 au Haras de Jardy. Photographie : Eponimm — CC BY-SA 4.0 — Wikimedia Commons.

Le passage reste une allure diagonale

Le passage conserve l'organisation fondamentale du trot.

Les membres fonctionnent par paires diagonales : un antérieur se déplace en association avec le postérieur opposé, puis l'autre diagonal prend le relais.

La FEI demande que chaque paire diagonale soit alternativement élevée puis ramenée au sol avec régularité et cadence. (FEI – Dressage Judging Manual)

Cette organisation diagonale permet de reconnaître le lien avec le trot malgré l'apparence très particulière du mouvement.

Le passage ne constitue donc pas une allure totalement indépendante inventée par le dressage. Il correspond à une transformation très poussée de la locomotion diagonale du cheval.

Le passage n'est pas simplement un trot plus lent

Visuellement, le cheval avance beaucoup moins rapidement au passage qu'au trot ordinaire.

Cette impression est confirmée par les mesures.

Une étude biomécanique menée sur six chevaux de Grand Prix a comparé leur locomotion au trot et au passage sur un tapis roulant instrumenté. Au passage, les chevaux se déplaçaient en moyenne 43,2 % moins vite et leur fréquence de foulées diminuait de 23,6 %. (Weishaupt et al.)

La différence ne se limite cependant pas à la vitesse.

Les impulsions par foulée augmentaient de 31 %, tandis que le déplacement vertical du centre de masse devenait plus important.

Le passage modifie donc simultanément la durée des foulées, la vitesse d'avancement et la composante verticale du mouvement.

C'est cette combinaison qui produit son aspect si particulier.

Pourquoi le cheval semble-t-il rebondir ?

L'une des caractéristiques visuelles les plus évidentes du passage est son mouvement vertical.

Le cheval semble monter et redescendre davantage à chaque foulée que dans un trot ordinaire.

Les mesures réalisées sur des chevaux de Grand Prix montrent effectivement une augmentation du mouvement vertical du centre de masse au passage. (Weishaupt et al.)

Les membres présentent également une flexion plus importante.

Une revue scientifique consacrée au trot rassemblé, au passage et au piaffer souligne notamment l'augmentation de la compression des membres postérieurs dans les mouvements les plus rassemblés. Leur comportement mécanique peut être rapproché de celui d'un système de ressort, capable de stocker puis de restituer une partie de l'énergie élastique au cours de la foulée. (Clayton & Hobbs)

Le « rebond » visible au passage correspond donc à de véritables modifications mécaniques de la locomotion.

Le temps de suspension ne raconte pas toute l'histoire

La définition réglementaire du passage mentionne un moment de suspension prolongé, ce qui correspond à son apparence et aux critères recherchés en dressage.

Il faut toutefois distinguer cette description équestre des mesures biomécaniques.

Dans l'étude de Weishaupt et ses collègues, la durée relative de suspension n'était pas significativement différente entre le trot et le passage, malgré l'aspect beaucoup plus suspendu du passage. (Weishaupt et al.)

Ce résultat n'est pas nécessairement contradictoire.

La fréquence des foulées diminue au passage et leur durée totale augmente. La locomotion devient également plus verticale.

Le cheval peut donc donner une impression beaucoup plus marquée de suspension sans que la proportion de la foulée passée sans contact avec le sol augmente nécessairement de manière équivalente.

L'aspect suspendu du passage résulte ainsi d'un ensemble de phénomènes, et pas uniquement d'un cheval qui resterait beaucoup plus longtemps en l'air.

Le rassembler transforme la locomotion

Le passage est indissociable du rassembler.

Mais celui-ci est parfois résumé de manière trop simple par l'idée que le cheval « transfère son poids sur l'arrière-main ».

Le phénomène est plus complexe.

Avec l'augmentation du rassembler, la foulée se raccourcit, la vitesse diminue et les articulations des postérieurs présentent des modifications de leur flexion et de leur fonctionnement.

L'étude biomécanique du passage a effectivement observé une modification relative de la répartition des impulsions : la part portée par les antérieurs diminuait d'environ 4,8 % par rapport au trot étudié, ce qui correspond à un déplacement relatif vers les postérieurs. (Weishaupt et al.)

Cela ne signifie pas que les postérieurs portent soudainement la majorité du poids du cheval.

Les antérieurs continuent à supporter des forces considérables.

Le rassembler doit donc être compris comme une réorganisation progressive de l'équilibre et de la locomotion, et non comme un simple basculement du poids vers l'arrière.

Les postérieurs jouent un rôle particulier

Les postérieurs participent fortement aux caractéristiques mécaniques du passage.

Par rapport au trot, l'étude de Weishaupt et ses collègues a notamment observé une augmentation de l'impulsion propulsive des postérieurs. (Weishaupt et al.)

Leur flexion et leur compression participent également au mouvement vertical du cheval.

Cela explique pourquoi le travail préparatoire du passage cherche progressivement à développer la capacité du cheval à maintenir son activité lorsque les foulées deviennent plus courtes et le mouvement plus rassemblé.

Mais parler uniquement « d'engagement des postérieurs » ne suffit pas à expliquer le passage.

Le mouvement dépend de l'organisation des quatre membres, du tronc, du dos et du déplacement du centre de masse.

Le passage demande de conserver l'activité en ralentissant

Une grande partie de la difficulté vient d'une situation apparemment paradoxale.

Le cheval doit réduire fortement sa vitesse vers l'avant sans simplement diminuer son activité.

Un ralentissement ordinaire du trot pourrait conduire à des foulées moins actives ou à une transition vers le pas.

Au passage, le cheval doit au contraire conserver une locomotion énergique tout en produisant des foulées plus lentes, plus élevées et très rassemblées.

La FEI demande ainsi une impulsion qui reste vive et prononcée malgré le ralentissement du déplacement vers l'avant. (FEI – Dressage Judging Manual)

C'est l'une des raisons pour lesquelles le passage ne peut pas être obtenu correctement simplement en ralentissant le cheval avec les rênes.

La régularité reste fondamentale

L'élévation spectaculaire des membres ne constitue pas à elle seule un bon passage.

Le mouvement doit rester régulier.

La FEI considère notamment comme des fautes importantes :

  • les foulées irrégulières ;
  • les balancements latéraux de l'avant-main ou de l'arrière-main ;
  • les mouvements saccadés des membres ;
  • les postérieurs traînants ;
  • et certaines perturbations du rythme des diagonaux. (FEI – Dressage Judging Manual)

Un cheval levant très haut les antérieurs n'exécute donc pas nécessairement un passage de qualité.

Cadence, équilibre, régularité, élasticité et coordination comptent autant que l'amplitude visible des mouvements.

Le passage ne dépend pas d'un seul groupe musculaire

On explique parfois le passage par le développement des « abdominaux », du dos ou de l'arrière-main.

Ces structures participent évidemment au mouvement, mais aucune ne fonctionne isolément.

Le passage implique des modifications mesurables de la cinématique des membres, de la durée des appuis, des forces exercées sur le sol et du mouvement du centre de masse.

Il sollicite donc un système locomoteur complet associant muscles, tendons, articulations, squelette et contrôle neuromoteur.

C'est aussi pourquoi sa préparation est progressive.

Le cheval doit développer suffisamment de coordination et de capacité physique pour maintenir la qualité du mouvement lorsque les exigences de rassembler augmentent.

Comment un cheval apprend-il le passage ?

Il n'existe pas une méthode universelle permettant d'enseigner le passage à tous les chevaux selon exactement la même progression.

Le mouvement appartient au travail avancé.

Avant son introduction, le cheval possède normalement déjà une formation suffisamment développée pour maintenir un trot rassemblé, répondre aux variations d'amplitude et conserver son équilibre lors de transitions exigeantes.

Le travail peut ensuite chercher à obtenir progressivement davantage de cadence et d'élévation sans perdre l'activité.

Selon les traditions équestres et les individus, les méthodes employées peuvent différer.

Le principe reste cependant de ne pas confondre production d'un geste spectaculaire et construction d'un mouvement organisé.

Lever artificiellement les membres ne suffit pas à créer la mécanique du passage.

Le cavalier participe directement au mouvement

Le passage est également un mouvement du couple cheval-cavalier.

Le cavalier doit accompagner une locomotion dont la dynamique diffère sensiblement de celle du trot ordinaire.

Une étude cinématique de cavaliers de dressage de haut niveau a montré que leurs mouvements évoluaient avec le degré de rassembler du trot.

Au passage, la relation de phase entre certains mouvements du cheval et ceux du cavalier était modifiée, ce qui est compatible avec une utilisation plus active de l'assiette dans cette allure. (PubMed)

La discrétion apparente du cavalier ne signifie donc pas qu'il ne fait rien.

L'un des objectifs du dressage avancé est précisément de conserver une communication efficace tout en rendant les aides aussi peu visibles que possible.

Passage et piaffer ne sont pas le même mouvement

Le piaffer est étroitement associé au passage, mais les deux mouvements ne doivent pas être confondus.

Le passage conserve une progression clairement dirigée vers l'avant.

Le piaffer donne au contraire l'impression que le cheval reste pratiquement sur place.

Les deux mouvements reposent sur une coordination diagonale et un degré élevé de rassembler, mais leurs mécaniques ne sont pas identiques.

Une revue biomécanique consacrée à ces allures décrit même le piaffer comme un mouvement présentant une combinaison inhabituelle de caractéristiques : certaines propriétés cinématiques se rapprochent de la marche tandis que les forces exercées sur le sol et le mouvement du centre de masse conservent des caractéristiques associées aux allures courues. (Clayton & Hobbs)

Le piaffer n'est donc pas simplement un passage auquel on aurait retiré tout déplacement vers l'avant.

Les transitions passage-piaffer sont particulièrement exigeantes

Dans les reprises de haut niveau, le cheval peut passer directement du passage au piaffer puis revenir au passage.

Ces transitions sont particulièrement révélatrices de la qualité de l'entraînement.

Le cheval doit réduire presque entièrement son déplacement vers l'avant puis le retrouver sans perdre la cadence, l'activité, l'équilibre et la coordination diagonale.

La FEI accorde une attention particulière à ces transitions dans l'évaluation du travail de Grand Prix. (FEI)

Un cheval peut donc être capable d'exécuter séparément un passage et un piaffer tout en rencontrant davantage de difficultés dans leur enchaînement.

Le passage appartient au dressage de haut niveau

Le passage est aujourd'hui associé aux niveaux les plus avancés du dressage international.

La FFE le décrit comme un trot stylisé, ralenti et très cadencé, visible au plus haut niveau de la discipline. (Fédération française d'équitation)

Il apparaît notamment dans les reprises internationales avancées et constitue l'un des mouvements emblématiques du Grand Prix.

Sa présence à ce niveau s'explique par les nombreuses qualités qu'il permet d'évaluer simultanément : capacité de rassembler, régularité, activité, coordination et réponse aux aides.

Le spectaculaire n'est donc qu'une partie de ce que les juges observent.

Le passage s'inscrit dans une longue tradition de haute école

Le passage n'est pas apparu avec les compétitions modernes.

Il appartient à l'histoire de la haute école européenne, dont différentes traditions se sont développées au fil des siècles.

Les archives consacrées à l'équitation de haute école montrent notamment la présence du passage dans le répertoire des exercices présentés au XIXe siècle, aux côtés du piaffer, des mouvements sur deux pistes et de différents airs relevés. (BnF / CNAC)

Le passage dans École de cavalerie de François Robichon de La Guérinière, édition de 1733. Gravure de Charles Parrocel — domaine public — Wikimedia Commons.

Il faut toutefois éviter de présenter l'histoire du mouvement comme une évolution simple et parfaitement linéaire.

Les pratiques équestres françaises, allemandes, autrichiennes, italiennes, portugaises et ibériques ont connu leurs propres évolutions et influences.

Le passage sportif actuel s'inscrit dans cet héritage tout en étant aujourd'hui défini par des critères précis dans les règlements internationaux.

Le cheval peut-il produire naturellement quelque chose qui ressemble au passage ?

Dire que le passage est totalement « contre nature » serait aussi imprécis que de prétendre qu'un cheval sauvage exécute spontanément le passage réglementaire d'une reprise de Grand Prix.

Les chevaux peuvent naturellement produire, notamment dans des situations d'excitation ou de forte activation, des trots très cadencés, relevés et expressifs qui rappellent visuellement certains éléments du passage.

Le dressage exploite donc des capacités locomotrices déjà présentes chez le cheval.

En revanche, le passage sportif est une construction entraînée.

Le cheval doit apprendre à produire cette organisation à la demande, à maintenir sa régularité et sa direction, à accepter les aides du cavalier et à l'intégrer dans des transitions précises.

Un mouvement naturel occasionnel et un passage de Grand Prix ne sont donc pas équivalents.

La race influence-t-elle le passage ?

Certaines populations de chevaux ont été sélectionnées pendant plusieurs générations pour le dressage ou pour des caractéristiques locomotrices particulières.

Les Hanovriens, KWPN et Oldenbourgs sont ainsi très représentés dans le dressage sportif moderne.

Le Pure race espagnole et le Lusitanien sont issus d'autres histoires de sélection et sont également utilisés dans le travail rassemblé.

Cela ne permet cependant pas d'affirmer qu'une race possède automatiquement « plus de facilité » pour le passage.

Une étude comparant quatre Dutch Warmbloods et quatre Lusitaniens au trot rassemblé et au passage a effectivement observé certaines différences dans les forces exercées au sol entre les deux groupes. L'échantillon était toutefois beaucoup trop réduit pour établir une règle générale applicable aux races entières. (PubMed)

À l'échelle individuelle, la capacité à développer un passage dépend de nombreux facteurs : conformation, locomotion naturelle, capacités physiques, santé, apprentissage et qualité de l'entraînement.

Le spectaculaire ne suffit pas à définir un bon passage

Le passage attire naturellement le regard.

Un cheval doté d'une grande élévation des antérieurs peut produire un mouvement extrêmement spectaculaire.

Mais l'amplitude visuelle ne constitue qu'une partie de l'exercice.

La FEI recherche également la régularité, le rassembler, la cadence, l'élasticité, l'activité et la stabilité du cheval dans le contact. (FEI – Dressage Judging Manual)

Cette distinction est importante dans les débats sur le dressage moderne.

Une gestuelle très expressive ne démontre pas automatiquement une bonne biomécanique, mais elle ne constitue pas non plus, à elle seule, la preuve d'un travail incorrect.

Le passage doit être évalué comme un mouvement global, et non uniquement à partir de la hauteur atteinte par les membres.

Pourquoi le passage donne-t-il l'impression que le cheval danse ?

L'impression de danse provient finalement de plusieurs caractéristiques qui se combinent.

Le mouvement reste rythmé par les diagonaux du trot, mais la progression vers l'avant diminue fortement. Les foulées deviennent plus longues dans le temps, le mouvement vertical du corps augmente et les membres présentent une flexion plus prononcée.

La cadence très visible crée une succession régulière de mouvements qui rappelle spontanément une chorégraphie.

Ce phénomène est encore plus évident dans les reprises libres en musique.

Mais derrière cette apparente légèreté se trouve une mécanique complexe.

Le passage associe rassembler, coordination diagonale, modification des forces exercées au sol, mouvement vertical du centre de masse, activité musculaire et interaction avec le cavalier.

C'est précisément ce contraste qui rend le passage si caractéristique : un mouvement exigeant et très organisé qui, lorsqu'il est correctement exécuté, peut sembler presque effortless.

Crédits des illustrations

Julia Chevanne et Puschkin 11 au passage

Le passage dans l'École de cavalerie

  • Œuvre : École de cavalerie, édition de 1733
  • Auteur de la gravure : Charles Parrocel
  • Source originale : École de cavalerie de François Robichon de La Guérinière
  • Source numérique : Wikimedia Commons
  • Statut : domaine public
  • Modification : aucune modification de l'image originale dans cette version de l'article.

Sources et références


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