FERRÉ OU DÉFERRÉ : QUAND CHOISIR POUR SON CHEVAL ?

Vue dessous du sabot d’un cheval comparant un pied ferré et un pied nu, avec la fourchette visible

Comparaison entre un sabot ferré et un sabot nu, mettant en évidence la fourchette et l’adaptation du pied selon le terrain

La question du fer au sabot est l'une des plus débattues dans le monde équestre. D'un côté, une tradition vieille de plusieurs siècles qui a fait ses preuves sur le terrain. De l'autre, un mouvement croissant qui prône le retour au sabot nu, au nom du bien-être animal et de la biomécanique naturelle. Entre idéologie et pragmatisme, comment faire le bon choix pour son cheval ? Voici un guide complet, sans dogmatisme.


Comprendre le sabot du cheval : la base de tout

Avant de trancher entre fer et pied nu, il est indispensable de comprendre ce qu'est un sabot sain et comment il fonctionne.

La structure du sabot

Le sabot est bien plus qu'une enveloppe cornée rigide. C'est un système biomécanique complexe qui remplit plusieurs fonctions simultanément :


Ce que le fer change fondamentalement

Poser un fer sur un sabot, c'est intervenir sur ce système. Le fer rigidifie partiellement la boîte cornée, réduit la dilatation naturelle, et modifie la façon dont les chocs sont transmis à la structure interne. Ce n'est pas nécessairement négatif, c'est simplement une réalité biomécanique à prendre en compte.

Le cheval ferré : avantages, indications et limites

Pourquoi ferrer un cheval ?

La ferrure est née d'un constat simple : le cheval domestique évolue dans des conditions très différentes de celles pour lesquelles son sabot a été conçu. Sols durs, routes goudronnées, effort intense et répété, alimentation riche — autant de facteurs qui peuvent fragiliser un sabot nu insuffisamment adapté.

Le fer apporte plusieurs bénéfices concrets :


Quand la ferrure est-elle indiquée ?

Certaines situations rendent la ferrure particulièrement pertinente, voire indispensable :

Profil du cheval :

Contexte d'utilisation :

Indications vétérinaires :


Les limites et inconvénients du fer

La ferrure n'est pas sans contreparties. Une ferrure mal posée, inadaptée ou trop longtemps maintenue peut provoquer des dommages sérieux.


Le cheval déferré (barefoot) : principes, avantages et exigences

Le mouvement barefoot : d'où vient-il ?

Le mouvement pour le cheval déferré, ou "barefoot", a émergé dans les années 1990, notamment grâce aux travaux du chercheur allemand Hiltrud Strasser et, plus tard, de Jaime Jackson aux États-Unis. L'observation des chevaux sauvages — dont les sabots sont sains sans aucune intervention humaine — a nourri la réflexion sur ce que le fer fait réellement au pied domestiqué.

L'idée centrale est simple : un sabot correctement entretenu, sur un cheval bien nourri et évoluant sur des terrains variés, peut se passer de fer et s'adapter progressivement à la plupart des usages.


Les avantages du pied nu


Les conditions indispensables pour réussir la transition

Le barefoot ne s'improvise pas. Il repose sur plusieurs conditions non négociables :

L'alimentation La qualité de la corne dépend directement de l'alimentation. Un cheval recevant trop de sucres (céréales, herbe grasse au printemps) développera une corne de mauvaise qualité. Le passage au pied nu s'accompagne souvent d'une révision complète de la ration.

Le terrain Un cheval déferré a besoin de variété de terrains pour stimuler et durcir son sabot : herbe, terre, graviers fins, sable. Un cheval vivant uniquement sur du béton ou de la boue stagnante ne développera pas un sabot sain.

Le mouvement Le sabot se renforce par le mouvement. Un cheval au paddock toute la journée sans bouger aura des pieds moins sains qu'un cheval vivant en troupeau sur de grands espaces. La liberté de mouvement est un facteur clé du succès du barefoot.

Le suivi par un professionnel compétent Le parage barefoot n'est pas le même que le parage de préparation à la ferrure. Il demande une approche spécifique, idéalement assurée par un podologue équin ou un maréchal-ferrant formé à ces méthodes.


La transition : une période délicate

Retirer les fers d'un cheval habitué à en porter depuis des années ne se fait pas du jour au lendemain. Le sabot a souvent perdu une partie de sa résistance naturelle, et la sole peut être sensible.

La transition dure généralement 6 à 18 mois selon le cheval. Pendant cette période, il est normal que le cheval soit inconfortable sur certains terrains. Des boots de protection peuvent être utilisés ponctuellement pour maintenir le travail sans provoquer de douleur.


Les boots équestres : la solution intermédiaire

Les boots pour chevaux nus méritent un paragraphe à part entière, car elles représentent souvent la clé d'une transition réussie.

À quoi servent les boots ?

Les boots sont des protections amovibles que l'on fixe au sabot avant une sortie, et que l'on retire ensuite. Elles permettent :


Les modèles les plus utilisés

Il existe plusieurs marques et modèles adaptés à différents usages : Scoot Boots, Cavallo, Renegade, Easyboot — chacun avec ses avantages selon la morphologie du pied et l'intensité du travail. Le choix se fait souvent par essai-erreur, et il est conseillé de prendre conseil auprès d'un professionnel barefoot avant d'investir.


Comment décider : les bonnes questions à se poser

Il n'existe pas de réponse universelle. Voici les questions concrètes à poser avant de prendre une décision.

Questions sur le cheval


Questions sur l'environnement


Questions sur l'usage


Le rôle du vétérinaire et du professionnel du pied

Quelle que soit la décision prise, l'avis d'un professionnel est indispensable. Un vétérinaire équin pourra évaluer l'état global du pied, diagnostiquer d'éventuelles pathologies latentes et orienter vers la solution la mieux adaptée.

Le maréchal-ferrant ou le podologue équin, selon l'option choisie, assurera le suivi régulier. Il est important de choisir un professionnel formé à l'approche retenue : un maréchal-ferrant peu familier du barefoot ne sera pas le meilleur interlocuteur pour une transition vers le pied nu, et inversement.


Ce que dit la science

Les études sur le sujet sont encore relativement limitées, mais quelques conclusions émergent :


Ferré et déferré : peut-on combiner les deux ?

Oui, et c'est souvent la solution la plus pragmatique. Certains propriétaires optent pour une ferrure partielle : fers devant uniquement (les antérieurs supportent environ 60 % du poids), pieds nus derrière. D'autres alternent selon les saisons, les périodes d'entraînement ou les terrains.

L'essentiel est d'adapter la décision au cheval, et non l'inverse.


En résumé : quel choix pour quel cheval ?

Plutôt ferré si :

Plutôt déferré si :

Dans tous les cas :


La question n'est pas de savoir qui a raison entre les partisans du fer et ceux du pied nu. Elle est de savoir ce dont votre cheval, dans votre contexte, a besoin pour être à la fois sain et performant.