COMMENT LES CIVILISATIONS ONT SÉLECTIONNÉ LEURS RACES DE CHEVAUX ?
Représentation stylisée de chevaux tels qu’ils étaient sélectionnés dans diverses civilisations anciennes.
La notion de « race » équine, telle que nous la connaissons aujourd’hui, est relativement récente. Pourtant, bien avant l’apparition des stud-books modernes, de nombreuses civilisations ont façonné des lignées distinctes en sélectionnant leurs chevaux selon leurs besoins, leur environnement et leur vision du monde. À travers les continents et les époques, ces choix ont donné naissance à des types équins adaptés à la guerre, au voyage, à l’agriculture, au prestige ou encore au commerce.
1. Des sélections fondées sur l’environnement et les besoins locaux
Les premières différenciations entre chevaux apparaissent lorsque les populations humaines se fixent dans des régions aux conditions climatiques contrastées. Chaque civilisation privilégie alors des qualités spécifiques :
Chevaux des steppes
Les peuples cavaliers d’Asie centrale (Scythes, Huns, Turcs, Mongols) recherchaient des chevaux :
- résistants au froid,
- capables de parcourir de longues distances,
- sobres dans leur alimentation.
Ces critères ont progressivement façonné des chevaux compacts, robustes, endurants.
Chevaux des régions désertiques
Dans la péninsule arabique, l’environnement aride a conduit à la sélection d’animaux :
- légers,
- rapides,
- économes en eau,
- proches de l’homme.
C’est ainsi que s’est formé le type qui donnera plus tard le cheval arabe.
Chevaux des régions montagneuses
Les civilisations vivant dans le Caucase, l’Anatolie ou les Balkans recherchaient des chevaux :
- agiles,
- sûrs dans leurs appuis,
- capables d’affronter des terrains difficiles.
De telles sélections ont façonné des types montagnards encore visibles aujourd’hui.
2. Le rôle de la guerre dans la création des lignées
La guerre a été l’un des moteurs majeurs de la sélection équine. Les besoins militaires variaient selon les armées, entraînant des choix très différents.
Cavaleries lourdes : force et puissance
Dans le monde iranien, en Grèce ou dans l’Empire romain tardif, l’usage des cataphractaires — cavaliers entièrement cuirassés — exigeait des chevaux capables de porter de lourdes charges.
Ces civilisations favorisaient des chevaux :
- de grand gabarit,
- musculaires,
- dotés d’une encolure puissante.
Cavaleries rapides : agilité et endurance
À l’inverse, les cavaleries nomades privilégiaient la vitesse, la maniabilité et l’endurance.
Le cheval devenait une extension du cavalier, capable de changer de direction instantanément et de parcourir plusieurs dizaines de kilomètres par jour.
Chevaux de chars
En Égypte, au Proche-Orient ou en Chine, les chevaux sélectionnés pour la traction des chars de guerre devaient :
- posséder une bonne coordination,
- accepter le travail en paire,
- conjuguer vitesse et régularité.
Ces critères ont généré des lignées légères, rapides et élégantes.
3. L’influence des systèmes politiques et religieux
Dans de nombreuses civilisations, la sélection équine n’était pas uniquement fonctionnelle : elle reflétait aussi la structure sociale et les croyances.
Chevaux royaux et de prestige
Que ce soit dans la Chine impériale, l’Empire perse, l’Inde moghole ou l’Europe médiévale, les souverains entretenaient des haras réservés à l’élite.
On y privilégiait :
- la noblesse des allures,
- l’harmonie des formes,
- les couleurs recherchées,
- le caractère docile mais énergique.
Ces élevages ont souvent donné naissance aux ancêtres des races actuelles, comme les chevaux d’Andalousie ou certaines lignées orientales.
Chevaux rituels et symboliques
Certaines cultures attribuaient au cheval un rôle religieux :
- chevaux sacrés celtes,
- chevaux blancs indo-européens,
- sacrifices funéraires scythes,
- chevaux solaires dans plusieurs mythologies.
Les contraintes du rituel pouvaient favoriser des robes, des morphologies ou des comportements particuliers.
4. Les échanges entre civilisations : un facteur déterminant
La diffusion des chevaux a souvent suivi les grandes routes commerciales et militaires :
- Route de la Soie,
- routes caravanières du Maghreb,
- conquêtes arabes,
- expansions turques et mongoles.
Ces interactions ont entraîné :
- des croisements,
- des migrations de lignées,
- l’introduction de nouvelles qualités dans des régions éloignées.
Par exemple, les chevaux orientaux importés en Europe aux XVIᵉ–XVIIIᵉ siècles ont profondément influencé l’évolution de nombreux types locaux.
5. De la sélection empirique aux stud-books modernes
Jusqu’au XIXᵉ siècle, la sélection restait largement empirique. Les éleveurs reproduisaient les chevaux répondant le mieux à leurs besoins sans cadre standardisé.
L’apparition des stud-books va formaliser tout cela :
- description précise des critères,
- enregistrement rigoureux des lignées,
- introduction d’examens, d’approbations et de tests de performances.
Ces outils n’ont pas créé les races, mais ont officialisé et organisé des sélections déjà anciennes.
Conclusion
Chaque civilisation a façonné ses chevaux selon son environnement, ses besoins, ses croyances et ses relations avec les peuples voisins. De ces choix sont nés des lignées aux caractéristiques marquées : chevaux légers des déserts, montagnards robustes, chevaux rapides des steppes, chevaux puissants des cavaleries lourdes.L’histoire des civilisations est inséparable de celle des chevaux qu’elles ont sélectionnés, et les races modernes portent encore les traces de ces héritages.